Nos enfants commencent à nous prendre la dette!

Encore ce matin, sur France Inter, Bernard Caseneuve en appelle à un concept qui est simplement faux. Pour répondre aux questions sur le bon sens de la poursuite de l’objectif de réduction de la dette alors même que la croissance est atone, il finit par dire qu’on ne peut pas laisser une dette à nos enfants. C’est son ultime recours car il n’a pas de bons arguments pour justifier d’encore plus de rigueur là où celle déjà engagée tue clairement la croissance.

Cet argument est fallacieux car si l’Etat français ou d’autres entités doivent de l’argent, alors cela implique que d’autres ont des créances sur l’Etat français et ces autres entités. Ainsi, en laissant une dette à nos enfants, nous leur laissons également une créance.

Certes, nous savons que la dette française est détenue à 60% par des étrangers. Mais les français sont aussi créanciers de l’étranger. Nous n’avons pas d’idée précise du solde que nous léguerons à nos enfants. Mais une chose est certaine, le fait d’être endetté maintenant n’implique pas de transmettre exclusivement une dette à nos enfants, mais également des créances.

Cette erreur vient sûrement d’une analogie malheureuse entre un état et un ménage. De fait, un ménage qui contracte une dette, s’il ne la rembourse pas, lègue celle-ci à ses enfants. Mais en face, il y a des ménages qui lèguent des créances à leurs enfants. Mais il n’en va pas de même pour un Etat. Tout comme l’Etat, contrairement à un ménage, a une durée de vie illimitée, il a donc tout le temps pour rembourser ce qu’il doit.

Il est grand temps d’en finir avec ce genre de contre vérité. A titre illustratif, nous savons que le montant de l’épargne des français excède les 10000 milliards d’euros. Cet argent est prêté et c’est donc de l’argent qui est « dû » aux français. Ce montant excède largement le niveau, certes très important, de la dette publique française.

Un homme politique ne doit plus pouvoir se cacher derrière un argument aussi dénué de sens que l’héritage de la dette pour justifier d’une politique de rigueur.

UPDATE: Ici un lien vers une explication (en anglais) très simple de Paul Krugman à ce sujet.

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