Le fardeau de la dette, plus de détail…

Dans un post sur son excellent blog, Simen Wren-Lewis (SWL) donne une explication beaucoup plus précise que la mienne (et donc plus juste) au sujet du transfert de dette vers les générations futures. En outre, il reste sur la dimension nationale, ce qui ajoute un point par rapport à mon argument sur les créances étrangères que nous détenons.

Pour résumer, avant d’entrer plus dans le détail pour ceux intéressés, le simple fait que les héritiers récupèrent une créance ne suffit pas à dire que dans l’ensemble, cette génération n’est pas forcément le dindon de la farce (tout comme j’expliquais que tout dépend de ce que nous détenons comme créance en tout). Tout dépend de l’usage que fait l’Etat de l’argent emprunté. J’ajoute que mon précédent post concernait la France, là il s’agit de considérations plus générales.

Alors SWL nous donne un exemple qui illustre ce pourquoi la dette d’aujourd’hui peut être effectivement un fardeau pour les générations futures. Je vais essayer de le reprendre clairement.

Grosso modo, nous considérons un monde dans lequel 2 générations coexistent. D’un côté les jeunes, de l’autres les vieux. Nous sommes à la date t. En t+1, c’est-à-dire lors de la période suivante, les vieux de t seront morts, les jeunes d’alors seront devenus des vieux, et des nouveaux jeunes seront arrivés. Trois générations sont donc concernées.

Supposons que chaque jeune produit l’équivalent de 2000. Nous supposons également que, jusqu’à maintenant, chaque jeune décide de couper en 2 ses gains. Il prend 1000 pour sa consommation quand il est jeune, et il met 1000 de côté pour sa consommation lorsqu’il sera vieux.

Maintenant, supposons que l’Etat décide de faire un cadeau de 100 aux vieux en t. Il emprunte alors de l’argent aux jeunes pour le donner aux vieux, tout cela en t. Ainsi, le jeune peut soit renoncer à 100 sur sa consommation lorsqu’il est jeune, ou plus vraisemblablement décider de les prêter sur son argent de côté en demandant à l’Etat de le rembourser lorsqu’il sera vieux.

Dès lors, les vieux en t vont dépenser 1100.

Nous passons ensuite en t+1. Les vieux de t+1 doivent recevoir 100 de la part de l’Etat. Ajoutés aux 900 qu’ils avaient également mis de côté, ils ont à nouveau 1000. Mais l’Etat doit trouver quelque part l’argent qu’il doit aux vieux de t+1.

Plusieurs solutions s’offrent à lui:

(i) Il peut taxer les nouveaux jeunes de t+1

(ii) Il peut taxer les vieux de t+1, ceux auxquels il avait emprunté de l’argent en t, lorsqu’ils étaient jeunes.

(iii) Il peut répartir l’effort équitablement en taxant les jeunes et les vieux

(iv) Il peut à nouveau emprunter. Cela se rapproche d’une certaine façon d’une chaîne de Ponzi. Dans ce cas, l’Etat emprunte aux jeunes en t+1 le montant de 100.

Quelles sont les conséquences de chacun de ces choix? Les voici:

(i) Les jeunes de t+1 se voient délestés de 100. Ils n’auront en tout sur les deux périodes, que 1900. Cela revient à dire que nos enfants auront payé pour nos parents.

(ii) Les vieux de t+1 sont taxés. Dans ce cas, ils ont 1900 en tout. Cela revient à dire que nous payons pour nos parents. In fine, taxer directement les enfants pour redistribuer aux parents revient au même, tout en économisant les taux d’intérêt.

(iii) L’effort est partagé. Les vieux et les jeunes de t+1 auront 1950 chacun. Nous et nos enfant payons pour nos parents.

(iv) Je fait le pari de la stabilité des taux d’intérêt et/ou du fait que la croissance sera plus forte que les taux d’intérêt. Dans le cas contraire, c’est une arnaque à la Madoff. Ici les taux d’intérêt sont négligés par simplicité, mais l’on voit bien ce pourquoi il faut que la croissance nette de l’inflation excède les taux d’intérêt. Si la chaîne continue, alors c’est la tout dernière génération qui se fera avoir.

Dans les trois premiers cas et peut-être dans le quatrième, de fait, nous avons une dette transférée aux enfants ou aux petit-enfants des bénéficiaires du cadeau de 100. Mais cela est dû au fait que cet argent emprunté n’a servi à rien. Si au contraire il sert à des infrastructures que les autres générations utiliseront aussi, ce raisonnement ne tient plus. Si l’Etat lui-même a une capacité à créer de la valeur, alors de la même façon, il peut éviter ce transfert intergénérationnel en utilisant cette valeur créée pour rembourser les vieux de t+1. Même si cet argent est simplement consommé par les vieux en t, cela peut relancer la demande et donc la croissance, permettant alors aux jeunes de t+1 de créer 2100 ou 2200 au lieu des 2000 créé en t. Dans tous ces cas, le fait que l’Etat ait une dette et qu’une génération hérite d’une créance n’implique pas de transfert de fardeau.

 

De surcroît, un autre cas est à mentionner. Si l’on reprend le cadre de l’exemple ci-dessus mais que nous considérons que l’Etat emprunte aux vieux pour donner aux jeunes. Les jeunes ont donc 1100 en période t. Les vieux ne dépensent que 900 et transmettent leur créance (i.e les 100 que l’Etat leur doit) soit à leurs enfants, soit à leurs petits-enfants. Si c’est à leurs enfants, ceux-ci ont eu 1100 en t et ils auront 1100 en t+1, soit 2200. Pour rembourser les 100, l’Etat peut soit taxer les vieux en t+1, donc ils n’ont plus que 2100 au total, à la place des 2200, soit il peut taxer les jeunes de t+1, qui se retrouvent comme leurs grands-parents à 1900, au large profit des vieux de 2100.

Bref, ce dernier exemple souligne bien que l’on peut être dans une situation où l’Etat doit de l’argent (100), une créance est transmise par héritage, et les générations futures ne seront pas forcément le dindon de la farce. Elles peuvent même y gagner si les vieux de t transmettent leur créance aux jeunes de t+1 (leurs petit-enfants) et que l’Etat taxe les vieux de t+1 (leurs enfants). Dans ce cas, ce sont les petits-enfants qui profitent des 100 empruntés en t.

Une dernière remarque pour conclure. Nous voyons bien que le concept de l’Etat qui emprunte n’est pas nécessaire pour faire fonctionner ce mécanisme. Les vieux de t+1 peuvent décider de transmettre un héritage, dans ce cas ils placent leur argent, ce qui veut dire qu’en face, quelqu’un les rémunère pour ce placement, donc il contracte une dette privée. Ce quelqu’un peut justement être le jeune en t. La situation dans ce cas est la même. Il peut décider de prendre sur ses économie pour rembourser en t+1, ou de retirer de l’argent à ses propres enfants pour le faire.

Ainsi, même avec plus de détail, il est clair que sans information précise sur les détenteurs de dette et de créance, nous ne pouvons pas affirmer que la dette actuelle sera un fardeau pour nos enfants, même si comme je l’avais déjà souligné, elle peut en être un. Il est certain qu’à mesure que les personnes âgées représentent une part de plus en plus importante des électeurs, nous risquons de voir des cadeaux inutiles faits aux vieux aujourd’hui et là, le risque est grand de transmettre un fardeau à nos enfants. Mais dans ce cas, que les politiques qui ont bon dos de dénoncer ce transfert de fardeau regardent bien à qui ils cherchent à faire plaisir. Fondamentalement, si le but est de transmettre quelque chose de bien aux futures générations, il faut emprunter aujourd’hui aux personnes âgées.

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Une réflexion au sujet de « Le fardeau de la dette, plus de détail… »

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