Théories farfelues pour Audimat élevé (sur la matinale d’Inter du 19/03/13)

France inter ce matin. Le but de ce blog n’est pas forcément de commenter les émissions politiques mais le fait que Jean-Marc Daniel, un des deux invités, soit professeur d’économie lui confère une autorité sur les non économistes. Et là c’est grave car il dit des choses fausses.

Par exemple, il dit que depuis que l’on accumule de la dette, les taux de croissance sont plus faibles. De fait, il est vrai que les taux de croissance sont plus faibles qu’ils ne l’étaient auparavant, mais établir une causalité est un pas qu’un économiste ne peut franchir comme cela. Le constat que deux évènements apparaissent en même temps n’implique en rien une relation causale entre les deux. En tout état de cause, on pourrait arguer que c’est la plus faible croissance qui a entraîné l’endettement. Bref, c’est une erreur.

La politique menée serait celle qu’Obama va engager. Encore une contre-vérité. Primo, rien n’est fait puisqu’il n’y a pas d’accord. En outre, la proposition d’Obama est à dessein une proposition centriste afin d’obtenir un accord avec les républicains. Les démocrates américains envisagent un retour à l’équilibre budgétaire à l’horizon 2040, je doute que Daniel serait d’accord avec cela. En tout état de cause, si Obama promet de réduire les dépenses publiques, c’est avant tout afin de faire un geste en échange de hausses d’impôts. Le déficit américain est aujourd’hui bien plus élevé qu’en France par exemple (en part du PIB évidemment), et cela ne changera pas de sitôt.

De plus en plus de billets circulent en Grèce ce qui serait une preuve du marché noir qui se développe pour soutenir la théorie fumeuse du trop d’impôt tue l’impôt. Cette histoire s’appuie sur une courbe tracée par Laffer sur un coin de table et qui n’a jamais été fondée théoriquement (donc on ne connaît pas du tout sa forme, sauf qu’évidemment, à 100%, il n’y aurait plus d’activité). Elle ne tient pas compte de la progressivité de l’impôt et est largement contredite par le fait que, par exemple, aux Etats-Unis, jusque dans les années 70 comme le soulignent Piketty et Saez (lien vers le commentaire de Krugman plutôt que le papier, mais vous y trouverez le lien vers le papier), les taux marginaux des plus hautes tranches avoisinaient les 70%, 90% dans les années 50! (On pourrait faire comme lui et dire que c’étaient ces taux élevés qui ont expliqué les taux de croissance importants jusque dans les années 70, mais nous contenterons de dire qu’a priori, ils n’ont pas empêché la croissance d’être bonne). Concernant l’affirmation sur les billets en Grèce, elle est simplement fausse comme vous pourrez le constater ici (qui explique bien que la quantité de billets est représentée par l’agrégat monétaire M1) ou encore ici (sur le deuxième lien, je vous invite à restreindre la période de janvier 2008 à aujourd’hui, c’est éloquent, à moins que la crise ait débuté il y a 1 mois…). Encore pour le contredire, par exemple en France, l’agrégat M1 a bien plus crû. Aussi, il y a plus de billets par habitants en France qu’il n’y en a Grèce, autre erreur (le rapport des deux M1 est d’environ 9 pour un rapport de population de 6,5 environ).

Merci à Bernard Guetta de s’insurger pour l’erreur suivante. Rien ne prouve que l’investissement privé soit plus porteur de croissance dès lors que l’état investit dans une activité productive (je rappelle la note d’ecolinks sur le dénigrement trop rapide et infondé de l’Etat producteur). On notera la fuite sur l’argumentaire en sortant avec une histoire saugrenue d’inflation que l’on paierait aujourd’hui…

N’en jetez plus! Je n’ai même pas envie de parler de son explication du déficit commercial de la France. Je croyais que seul Krugman avait ses économistes bien en vue qui disaient à longueur de temps des choses erronées, nous avons trouvé leur pendant en France (bien que moins renommé).

A l’heure où plusieurs chercheurs disent que le problème de défiance généralisée des citoyens que l’on connaît provient de ce que tout un chacun peut trouver des informations relativement peu fiables sur la toile et adhérer à des théories farfelues (pour ceux intéressés je recommande l’écoute de cette interview de Gérald Bronner sur France Culture, ou pour ceux qui préfèrent, sur France Inter), il devient une faute grave que quelqu’un se revendiquant chercheur en économie fasse de telles erreurs. Car une matinale de France Inter, cela influence forcément beaucoup plus que ne le fera ce petit post qui pourtant s’efforce, lui, de s’appuyer sur des informations vérifiables en donnant les sources.

Publicités

En finir avec le levier-than de la finance

Vendredi dernier, j’ai assisté à un séminaire de Michel Aglietta sur le fonctionnement de la finance et ce qui aurait conduit à la situation désastreuse que l’on connaît. Entre autres éléments, il s’appuie sur des travaux de la banque des règlements internationaux (BRI) qui ont identifié des cycles de la finance. Ceux-ci s’avèrent bien plus longs que les cycles des affaires mais surtout d’une bien plus grande ampleur. 

Cela conduit Aglietta à expliquer que par deux fois, il y a eu contradiction entre les deux types de cycles. L’un étant dans un cycle baissier, l’autre dans un cycle haussier. Malheureusement, la plupart de ceux qui font la politique économique ne suivent que le cycle des affaires et ont donc cru bien faire en s’adaptant à la tendance du cycle qu’ils observaient, celui des affaires, aggravant de ce fait la situation du cycle de la finance, pourtant plus dévastateur car d’une amplitude bien plus grande.

Pour mettre tout cela en musique, il développe un modèle en équilibre général qui explique entre autres le comportement des banques en périodes d’euphorie, i.e quand le cycle financier est dans une phase haussière. De façon générale, les banques auraient tendance à largement sous estimer le risque réel en se focalisant sur les mauvais indicateurs (ils ignorent le risque accru de défaut des individus empruntant, pour faire simple).

Le point qui me fait écrire ce post est le suivant. Au nom d’une égalité comptable (ce qui est imparable car par définition forcément vérifiée), il explique qu’à mesure que les banques s’euphorisent, elles accroissent le levier. Pour faire simple, le levier est le ratio entre leur capital (les fonds dont elles disposent réellement) et leurs engagements. La conséquence de cet accroissement du levier et de son interaction avec l’égalité comptable est que les prêts interbancaires croissent massivement par rapport aux autres types de prêts. Certaines institutions bancaires (non commerciales) auraient atteint des niveaux de levier supérieurs à 50. Ainsi, pour un capital réel de 100, elles avaient des créances de 5000. Le souci est que ces créances sont pour la plupart risquées. Or, il suffit que ces 5000 entraîne une perte de 2% pour que l’intégralité du capital de la banque soit en jeu, d’où le souci (combiné avec la sous-estimation du risque réel, nous voyons où cela mène).

Un point essentiel à mon avis dans ce mécanisme est le suivant. Pour moi, les banques ont colludé. Ce terme est plus souvent utilisé lorsque l’on parle de régulation de la concurrence. Lorsque des entreprises s’entendent sur les prix plutôt que de jouer le jeu de la concurrence, on parle de collusion. Ici, l’idée est que toutes les banques étant avides de faire encore plus de placements, elles ont accepté des créances avec des risques induits absolument déraisonnables car implicitement (ou plus), elles savaient qu’en échange on leur accorderait (les autres banques), les mêmes faveurs. Tout le monde s’est donc octroyé des prêts alors même que les leviers des banques atteignaient déjà des sommets.

L’habitude en matière de concurrence est de sanctionner. En France, l’autorité de la concurrence joue ce rôle. Selon moi, un organisme international devrait jouer ce rôle dans la finance. Un tel comportement où l’on accepte de prendre des risques pour prendre soi-même des risques est clairement à l’origine de tout ce que nous connaissons. Il conviendrait de réfléchir à ce type d’organisme qui limiterait le levier maximal et qui sanctionnerait tout comportement déviant.

A noter que Paul Krugman a aujourd’hui publié un post plus ou moins sur le sujet. Un problème qu’il souligne est celui des paradis fiscaux qui, tant qu’ils existeront, permettront en toute opacité des leviers d’une ampleur folle. La fin de la libre circulation des capitaux?

Peine capitale pour le travail ou capital à la peine

Sur la toile, vous pouvez trouver un « débat » organisé par Terra Nova avec pour intervenants Patrick Artus et Thomas Piketty (qui finit par arriver au bout d’un quart d’heure). Plusieurs éléments me semblent saillants et méritent d’être soulignés.

Tout d’abord, Patrick Artus explique, chose qui n’est clairement jamais dite dans les médias que le capital en France n’est pas assez productif. En effet, hormis quelques secteurs phares comme l’aéronautique, la France se situe de façon générale dans le milieu de gamme.  Plus que l’Allemagne bien sûr, mais aussi plus que l’Italie. Aussi, les entreprises françaises souffrent particulièrement des variations du cours de l’euro.

Cette information est déterminante primo parce qu’on nous rabâche un peu trop que c’est le travail qui n’est pas assez productif (une note d’ecolinks sera d’ailleurs bientôt diffusée à ce sujet). Secundo car cela pose la question de savoir pourquoi c’est le cas. Grosso modo, un capital pas suffisamment productif cela veut dire qu’il n’y a pas assez d’innovations financées par le capital donc un euro dépensé ne rapporte pas assez en termes de création de valeur. Un élément semble-t-il essentiel est le fait que les entreprises françaises grandissent très majoritairement par le biais de fusions et acquisitions. Pour faire simple, les grosses entreprises achètent les petites qui sont innovantes. Ainsi, tout le travail d’innovation repose sur les créations de petites entreprises innovantes alors que ce sont elles qui sont le plus contraintes financièrement. Les grandes entreprises n’investissent que modérément en recherche et développement (R & D). En revanche, comme je l’ai déjà évoqué sur ce blog, nous savons que les dividendes ont largement crû depuis quelques années et ce malgré la crise, ce qui souligne que des choix sont faits et que ceux-ci sont en faveur des actionnaires et au détriment de l’innovation. En outre, Artus souligne à quel point les relations entre les entreprises et le monde de la recherche sont peu fréquentes en France, autre point important. Ainsi, le patronat qui laisse entendre que toute la faute revient aux travailleurs français qui ne seraient pas assez productifs pour leur coût ferait mieux de balayer devant sa porte.

Ensuite, ce que soulignent les deux économistes est l’importance d’agir sur l’ensemble de l’économie française et non sur certains secteurs. C’est exactement ce que propose concrètement une note d’ecolinks sur la politique industrielle. Plus précisément, la note souligne l’intérêt que peut avoir l’investissement sur des services aux entreprises non délocalisables qui apporteraient donc à toutes les entreprises indépendamment de leur secteur et créerait de l’emploi.

Enfin, il est dit à quel point la France n’a pas de capital risque contrairement aux économies anglo saxonnes notamment. A nouveau, nous voyons bien qu’un réel problème se pose en France, les détenteurs de capital ne veulent pas prendre de risque, ce qui est un comble ! D’où un modèle pernicieux qui favorise les dividendes car ils faut en promettre beaucoup pour faire plaisir au capital, au détriment de l’innovation. Innovation qui donc incombe aux petites entreprises qui n’ont pas de capital risqueurs à disposition pour financer des activités très innovantes, donc bien plus risquées.

Je terminerais en soulignant que, évidemment, il faut aussi investir massivement dans l’enseignement supérieur (voir aussi la note à ce sujet sur le site d’ecolinks), comme cela est évoqué. Que le problème que pose actuellement l’Europe (et la zone euro a fortiori) est la persistance de déséquilibres des balances commerciales des gouvernements. Bref, beaucoup d’autres éléments sont évoqués dans ce très intéressant débat que je vous invite à regarder.

[Update: Pour être clair, les détenteurs de capital auront bon dos de dire que si le capital n’est pas assez productif, cela est dû au travail qui est trop cher. Ce que laissent entendre les éléments évoqués dans le débat est que ce sont surtout des choix frileux, voire mauvais, qui ont pour conséquence la faible productivité du capital.]

Prenons la bonne espérance, et l’espérance (d’une réforme plus juste) sera bonne

Le débat sur les retraites resurgi à nouveau dans les médias à l’occasion des rencontres entre partenaires sociaux sur le sujet.

Il va de soi qu’une réforme est nécessaire, dans son état actuel, le financement du régime est insoutenable. Je rappelle à ce titre qu’ecolinks a publié une note à ce sujet.

A moins de s’orienter vers une réforme d’ampleur de tout le système, 4 paramètres peuvent permettre de rendre le système actuel soutenable ou au moins, moins insoutenable. Il semblerait que l’on s’oriente de fait à nouveau vers une réforme paramétrique.

1/ Les cotisations (payées par les salariés et les entreprises, elles payent les pensions des retraités aujourd’hui): les augmenter pourrait permettre de financer le système.

2/ Les pensions (reçues actuellement par les retraités): les diminuer réduirait le coût total du système

3/ L’âge légal de départ à la retraite: en l’augmentant, on obtient des salariés qui cotisent plus longtemps et qui toucheront moins longtemps de pensions

4/ La durée de cotisation: en l’augmentant, on obtient des salariés qui cotisent plus longtemps et qui toucheront moins longtemps leurs pensions, mais dans une moindre mesure car on perd les cotisations de ceux ayant atteint la durée de cotisation avant le futur âge légal de départ à la retraite (et on ajoute leurs pensions).

Tout d’abord, un point pour rappeler qu’il est bien plus juste de jouer sur la durée de cotisation que sur l’âge légal de départ à la retraite. A ceci, deux raisons simples. Primo, tout le monde serait logé à la même enseigne. Secundo, la plupart des personnes concernées par le fait d’atteindre le nombre de trimestres cotisés avant l’âge légal sont celles qui occupent des postes difficiles ou précaires, leur espérance de vie est plus faible. Or il semble logique que l’on essaie d’assurer à tous une retraite à peu près aussi longue. De surcroît, le fait qu’ils cotisent « pour rien » jusqu’à avoir le droit de partir en retraite fait qu’ils contribuent à payer la retraite de ceux qui atteindront pile le bon nombre de trimestres au moment d’avoir l’âge légal de départ, c’est à dire ceux qui sont diplômés, qui sont donc rentrés plus tard sur le marché du travail et qui ont donc de meilleurs jobs. Autrement dit, ceux qui vont avoir une retraite encore plus courte payent pour ceux qui vont simplement cotiser sur la durée légale et qui auront une retraite longue car leur espérance de vie est bien plus importante. Le but n’est pas de financer le système en augmentant le nombre d’années pendant lesquelles on doit travailler alors que l’on a déjà ses trimestres.

Bon, mais là n’est pas l’objet premier de ce post. On lit à droite et à gauche (l’expression mais aussi politiquement) que l’âge légal devrait être augmenté car l’espérance de vie a crû fortement depuis la mise en place du système. Or, la note d’ecolinks fait clairement état d’un élément qui n’apparaît pourtant jamais dans les discussions. En effet, autant l’espérance de vie a de fait fortement progressé, autant l’espérance de vie en bonne santé a elle nettement moins progressé. Ainsi, repousser l’âge légal plutôt que la durée de cotisation peut ici poser des problèmes si l’on ne va pas dans le détail car toutes les catégories socio-professionnelles (CSP) ne sont pas égales face à ce phénomène. En tout état de cause, il faut impérativement que cette réforme cherche à être équitable surtout à l’égard de cette espérance de vie en bonne santé pour les personnes atteignant la limite d’âge légal. Que la réforme diminue pour tous la durée à la retraite est concevable (même si la note d’ecolinks offre d’autres perspectives), mais il faut que ce soit la retraite en bonne santé qui soit prise en compte et il faut que l’écart reste stable entre les différentes CSP.

Sans rentrer dans les détails, nous voyons bien ici qu’il faut absolument avoir à l’esprit l’ensemble des données du problème pour prendre les bonnes décisions. A cela s’ajoute le problème corollaire de la dépendance qui, par conséquent, va en s’accroissant.

Ayez confiance…

Petit préambule à ce post. Il est un peu bordélique, mais il était temps de réagir à ces incantations constantes d’une confiance restaurée. Je m’en excuse, mais espère néanmoins qu’il suscitera des réactions, c’est son but.

Commençons par Olivier Pastré ou le miracle de la confiance sur France Culture : Les PME n’investissent pas car elles n’ont pas confiance, une réforme du marché du travail améliorerait cela. Cette affirmation est fausse. En effet, le risque qui est à la base d’une décision d’investissement n’a aucun rapport avec la confiance. Une réforme du marché du travail qui réduirait les coûts liés à un licenciement, par exemple, mécaniquement peut inciter à investir car le risque lié à l’investissement s’en trouverait diminué (son évaluation monétaire). Mais cela n’a aucun rapport avec la confiance. Quelle que soit la réglementation en cours, elle implique un risque pécuniaire et celui-ci conditionne le choix d’investir. La confiance serait plutôt que pour tout système réglementaire, on assure qu’il est pérenne. D’une certaine façon, la confiance consisterait justement à ne pas juger nécessaire de se renseigner sur le risque, or cette situation, même si dans une phase positive peut s’avérer économiquement profitable, ne peut être au cœur d’une politique économique, car ni prévisible, ni contrôlable et potentiellement catastrophique, comme en 2007-2008. Une dimension de la confiance relève de la délégation de la gestion du risque, c’est le cœur du problème.

Pourtant, les éditos et autres avis économiques font parfois clairement état d’une confusion majeure entre confiance et risque.  Encore hier matin, N. Beytout se faisait le relais de ce concept pour le moins méconnu qu’est la confiance. Les gens qui rabâchent à longueur de temps qu’il y a un déficit de confiance disent que, à la fois, les ménages, n’ayant pas confiance, préfèrent épargner et les investisseurs potentiels, n’ayant pas confiance, préfèrent ne pas investir.

Pour ce qui est des investisseurs, la dimension qu’ils prennent en compte est le risque. Tout investissement implique un risque, c’est même cela qui justifie sa rémunération. L’investisseur compare le profit espéré au risque que celui-ci ne génère pas de profit (pour faire simple).

Si l’on se réfère aux travaux sur la confiance en économie, on voit que ce qui compte est la confiance que l’on a  en les autres et non l’opportunité d’un investissement. Un investisseur aura peut-être plus ou moins confiance dans son porteur de projet. Cela reviendrait à dire qu’en temps de crise, nous supposons plus probable le fait que l’on nous cache quelque chose, autrement dit, nous ne faisons pas confiance. Ceci est possible, même probable, mais n’a rien à voir avec les choix gouvernementaux réclamés au nom de la restauration de la dite confiance. Est-ce que les décisions économiques du gouvernement accroissent ou réduisent ma défiance vis-à-vis d’une entreprise vendant des plats surgelés ? La belle confiance instaurée, sans trop savoir comment car nous n’avions aucune information ni sur la filière ni sur les procédures de contrôle, a fait qu’aujourd’hui nous avons acheté des tartes au chocolat chez Ikea alors qu’elle contenait de la merde, tout comme des investisseurs se sont rués sur les subprimes sans savoir qu’elles en étaient.

Au passage, j’hasarderais que la confiance est probablement, entre autres bien sûr, ce qui a nui au système et l’a poussé vers la crise. Il semblerait qu’un ensemble d’éléments comme notamment les notations par les agences éponymes et le faste du système financier pré-crise ait galvanisé les investisseurs qui faisaient leurs choix davantage en fonction de leur confiance, exacerbée à cette époque, qu’à des analyses de qualité des risques des projets. L’enchevêtrement des instruments financiers, les fameux produits dérivés, a également eu pour conséquence une perte de vue du risque réel. A celui-ci s’est substituée la confiance dont les ressorts sont inconnus. Nous faisions face à des dizaines d’intermédiaires qui, sans le savoir forcément, se trouvaient à devoir faire confiance à un ultime maillon qui certainement faisait n’importe quoi et probablement, souvent, le faisait à des fins d’enrichissement personnel.

Du côté des consommateurs, à nouveau, les arbitrages sont relativement simples. Je suis prêt à m’endetter lourdement si j’estime que ma situation a des chances de perdurer. Des hausses d’impôts futurs, une baisse de salaire ou encore une perte d’emploi étant des éléments rédhibitoires quant à la décision de consommer (avec ou sans endettement d’ailleurs). La question est d’un côté le niveau et de l’autre leur évolution future.

Le problème serait, par exemple, l’obstination des politiques à prétendre qu’une chose aura lieu alors qu’à l’évidence ce n’est pas le cas. Tout d’abord, il ne faut pas confondre des objectifs affichés, comme l’inversion de la courbe du chômage, qui relève de l’expression d’une volonté de se battre pour cela (c’est clairement le message envoyé), et des estimations comme la croissance pour l’année 2013 en France, qui relèvent de calculs. Même s’il est évident qu’il y a une interaction entre les deux.

Ensuite, autant l’argument consistant à dire que la succession d’annonces non crédibles sape l’image du politique est un argument qui fait tout à fait sens selon moi et va sûrement poser des problèmes à l’avenir (je ne suis pas politiste, je laisse le soin à des gens plus compétents sur ce sujet de s’emparer de la question). En revanche, dans le monde de l’économie où la rationalité, limitée ou non, est à l’évidence une base du raisonnement de ces intervenants économiques, c’est une erreur fondamentale d’affirmer qu’il y a une différence entre le fait de dire que l’on n’augmentera plus les impôts et que personne n’y croit et le fait de dire qu’il y aura d’autres hausses d’impôts dans le futur sans préciser leur nature. A la limite, la première annonce, à supposer qu’il y a des personnes crédules en nombre suffisant, pourrait avoir un effet d’entraînement.

Enfin, un pas est franchi sans réelle appréhension des conséquences que cela a. En effet, lorsque le risque n’est pas probabilisable (au sens où nous savons qu’un dé non pipé à une chance sur six de donner un as), nous parlons d’incertitude. Quelle attitude ont les gens face à l’incertitude ? Ils attribuent des probabilités aux différentes possibilités (mais ces probabilités sont ici conjecturées). Dès lors, ce qui se cache derrière reviendrait à affirmer que lorsque les choses sont floues, on attribue nécessairement une probabilité plus faible aux situations les plus favorables de survenir que la probabilité réelle de survenance, à supposer que l’on puisse la quantifier.  Il est probable qu’une telle relation ne puisse être prouvée sans autres éléments. Parfois c’est le cas, parfois ce ne l’est pas.

Encore une fois, outre le fait qu’un engagement non crédible ou une vérité floue ne peuvent être départagés, il n’est pas possible de faire aussi légèrement cette deuxième hypothèse. Bernard Madoff inspirait la confiance à tel point que beaucoup de personnes lui avaient laissé la fameuse gestion du risque. Les personnes ayant eu recours à ses services étaient de fait dans l’incertain mais avait pourtant évalué la probabilité d’y gagner à 100%. Cette histoire illustre parfaitement que confiance et risque n’ont pas les mêmes ressorts et que la première peut connaître des très bas ou des très hauts sans que l’on comprenne pourquoi et sans que cela soit lié à de quelconques bases économiques alors que le second relève d’un travail d’évaluation bien plus solide. S’en remettre à la confiance comme solution économique est un aveu d’impuissance et d’incompréhension.

Pour conclure, le hic est que ces personnes ont une notoriété publique, de par leur exposition médiatique. Elles inspirent confiance à des gens alors même qu’elles s’appuient sur des raisonnements erronés.  Leurs incantations pro-restauration de la confiance ne sont qu’une scorie d’un monde de Madoff.