Ayez confiance…

Petit préambule à ce post. Il est un peu bordélique, mais il était temps de réagir à ces incantations constantes d’une confiance restaurée. Je m’en excuse, mais espère néanmoins qu’il suscitera des réactions, c’est son but.

Commençons par Olivier Pastré ou le miracle de la confiance sur France Culture : Les PME n’investissent pas car elles n’ont pas confiance, une réforme du marché du travail améliorerait cela. Cette affirmation est fausse. En effet, le risque qui est à la base d’une décision d’investissement n’a aucun rapport avec la confiance. Une réforme du marché du travail qui réduirait les coûts liés à un licenciement, par exemple, mécaniquement peut inciter à investir car le risque lié à l’investissement s’en trouverait diminué (son évaluation monétaire). Mais cela n’a aucun rapport avec la confiance. Quelle que soit la réglementation en cours, elle implique un risque pécuniaire et celui-ci conditionne le choix d’investir. La confiance serait plutôt que pour tout système réglementaire, on assure qu’il est pérenne. D’une certaine façon, la confiance consisterait justement à ne pas juger nécessaire de se renseigner sur le risque, or cette situation, même si dans une phase positive peut s’avérer économiquement profitable, ne peut être au cœur d’une politique économique, car ni prévisible, ni contrôlable et potentiellement catastrophique, comme en 2007-2008. Une dimension de la confiance relève de la délégation de la gestion du risque, c’est le cœur du problème.

Pourtant, les éditos et autres avis économiques font parfois clairement état d’une confusion majeure entre confiance et risque.  Encore hier matin, N. Beytout se faisait le relais de ce concept pour le moins méconnu qu’est la confiance. Les gens qui rabâchent à longueur de temps qu’il y a un déficit de confiance disent que, à la fois, les ménages, n’ayant pas confiance, préfèrent épargner et les investisseurs potentiels, n’ayant pas confiance, préfèrent ne pas investir.

Pour ce qui est des investisseurs, la dimension qu’ils prennent en compte est le risque. Tout investissement implique un risque, c’est même cela qui justifie sa rémunération. L’investisseur compare le profit espéré au risque que celui-ci ne génère pas de profit (pour faire simple).

Si l’on se réfère aux travaux sur la confiance en économie, on voit que ce qui compte est la confiance que l’on a  en les autres et non l’opportunité d’un investissement. Un investisseur aura peut-être plus ou moins confiance dans son porteur de projet. Cela reviendrait à dire qu’en temps de crise, nous supposons plus probable le fait que l’on nous cache quelque chose, autrement dit, nous ne faisons pas confiance. Ceci est possible, même probable, mais n’a rien à voir avec les choix gouvernementaux réclamés au nom de la restauration de la dite confiance. Est-ce que les décisions économiques du gouvernement accroissent ou réduisent ma défiance vis-à-vis d’une entreprise vendant des plats surgelés ? La belle confiance instaurée, sans trop savoir comment car nous n’avions aucune information ni sur la filière ni sur les procédures de contrôle, a fait qu’aujourd’hui nous avons acheté des tartes au chocolat chez Ikea alors qu’elle contenait de la merde, tout comme des investisseurs se sont rués sur les subprimes sans savoir qu’elles en étaient.

Au passage, j’hasarderais que la confiance est probablement, entre autres bien sûr, ce qui a nui au système et l’a poussé vers la crise. Il semblerait qu’un ensemble d’éléments comme notamment les notations par les agences éponymes et le faste du système financier pré-crise ait galvanisé les investisseurs qui faisaient leurs choix davantage en fonction de leur confiance, exacerbée à cette époque, qu’à des analyses de qualité des risques des projets. L’enchevêtrement des instruments financiers, les fameux produits dérivés, a également eu pour conséquence une perte de vue du risque réel. A celui-ci s’est substituée la confiance dont les ressorts sont inconnus. Nous faisions face à des dizaines d’intermédiaires qui, sans le savoir forcément, se trouvaient à devoir faire confiance à un ultime maillon qui certainement faisait n’importe quoi et probablement, souvent, le faisait à des fins d’enrichissement personnel.

Du côté des consommateurs, à nouveau, les arbitrages sont relativement simples. Je suis prêt à m’endetter lourdement si j’estime que ma situation a des chances de perdurer. Des hausses d’impôts futurs, une baisse de salaire ou encore une perte d’emploi étant des éléments rédhibitoires quant à la décision de consommer (avec ou sans endettement d’ailleurs). La question est d’un côté le niveau et de l’autre leur évolution future.

Le problème serait, par exemple, l’obstination des politiques à prétendre qu’une chose aura lieu alors qu’à l’évidence ce n’est pas le cas. Tout d’abord, il ne faut pas confondre des objectifs affichés, comme l’inversion de la courbe du chômage, qui relève de l’expression d’une volonté de se battre pour cela (c’est clairement le message envoyé), et des estimations comme la croissance pour l’année 2013 en France, qui relèvent de calculs. Même s’il est évident qu’il y a une interaction entre les deux.

Ensuite, autant l’argument consistant à dire que la succession d’annonces non crédibles sape l’image du politique est un argument qui fait tout à fait sens selon moi et va sûrement poser des problèmes à l’avenir (je ne suis pas politiste, je laisse le soin à des gens plus compétents sur ce sujet de s’emparer de la question). En revanche, dans le monde de l’économie où la rationalité, limitée ou non, est à l’évidence une base du raisonnement de ces intervenants économiques, c’est une erreur fondamentale d’affirmer qu’il y a une différence entre le fait de dire que l’on n’augmentera plus les impôts et que personne n’y croit et le fait de dire qu’il y aura d’autres hausses d’impôts dans le futur sans préciser leur nature. A la limite, la première annonce, à supposer qu’il y a des personnes crédules en nombre suffisant, pourrait avoir un effet d’entraînement.

Enfin, un pas est franchi sans réelle appréhension des conséquences que cela a. En effet, lorsque le risque n’est pas probabilisable (au sens où nous savons qu’un dé non pipé à une chance sur six de donner un as), nous parlons d’incertitude. Quelle attitude ont les gens face à l’incertitude ? Ils attribuent des probabilités aux différentes possibilités (mais ces probabilités sont ici conjecturées). Dès lors, ce qui se cache derrière reviendrait à affirmer que lorsque les choses sont floues, on attribue nécessairement une probabilité plus faible aux situations les plus favorables de survenir que la probabilité réelle de survenance, à supposer que l’on puisse la quantifier.  Il est probable qu’une telle relation ne puisse être prouvée sans autres éléments. Parfois c’est le cas, parfois ce ne l’est pas.

Encore une fois, outre le fait qu’un engagement non crédible ou une vérité floue ne peuvent être départagés, il n’est pas possible de faire aussi légèrement cette deuxième hypothèse. Bernard Madoff inspirait la confiance à tel point que beaucoup de personnes lui avaient laissé la fameuse gestion du risque. Les personnes ayant eu recours à ses services étaient de fait dans l’incertain mais avait pourtant évalué la probabilité d’y gagner à 100%. Cette histoire illustre parfaitement que confiance et risque n’ont pas les mêmes ressorts et que la première peut connaître des très bas ou des très hauts sans que l’on comprenne pourquoi et sans que cela soit lié à de quelconques bases économiques alors que le second relève d’un travail d’évaluation bien plus solide. S’en remettre à la confiance comme solution économique est un aveu d’impuissance et d’incompréhension.

Pour conclure, le hic est que ces personnes ont une notoriété publique, de par leur exposition médiatique. Elles inspirent confiance à des gens alors même qu’elles s’appuient sur des raisonnements erronés.  Leurs incantations pro-restauration de la confiance ne sont qu’une scorie d’un monde de Madoff.

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