Peine capitale pour le travail ou capital à la peine

Sur la toile, vous pouvez trouver un « débat » organisé par Terra Nova avec pour intervenants Patrick Artus et Thomas Piketty (qui finit par arriver au bout d’un quart d’heure). Plusieurs éléments me semblent saillants et méritent d’être soulignés.

Tout d’abord, Patrick Artus explique, chose qui n’est clairement jamais dite dans les médias que le capital en France n’est pas assez productif. En effet, hormis quelques secteurs phares comme l’aéronautique, la France se situe de façon générale dans le milieu de gamme.  Plus que l’Allemagne bien sûr, mais aussi plus que l’Italie. Aussi, les entreprises françaises souffrent particulièrement des variations du cours de l’euro.

Cette information est déterminante primo parce qu’on nous rabâche un peu trop que c’est le travail qui n’est pas assez productif (une note d’ecolinks sera d’ailleurs bientôt diffusée à ce sujet). Secundo car cela pose la question de savoir pourquoi c’est le cas. Grosso modo, un capital pas suffisamment productif cela veut dire qu’il n’y a pas assez d’innovations financées par le capital donc un euro dépensé ne rapporte pas assez en termes de création de valeur. Un élément semble-t-il essentiel est le fait que les entreprises françaises grandissent très majoritairement par le biais de fusions et acquisitions. Pour faire simple, les grosses entreprises achètent les petites qui sont innovantes. Ainsi, tout le travail d’innovation repose sur les créations de petites entreprises innovantes alors que ce sont elles qui sont le plus contraintes financièrement. Les grandes entreprises n’investissent que modérément en recherche et développement (R & D). En revanche, comme je l’ai déjà évoqué sur ce blog, nous savons que les dividendes ont largement crû depuis quelques années et ce malgré la crise, ce qui souligne que des choix sont faits et que ceux-ci sont en faveur des actionnaires et au détriment de l’innovation. En outre, Artus souligne à quel point les relations entre les entreprises et le monde de la recherche sont peu fréquentes en France, autre point important. Ainsi, le patronat qui laisse entendre que toute la faute revient aux travailleurs français qui ne seraient pas assez productifs pour leur coût ferait mieux de balayer devant sa porte.

Ensuite, ce que soulignent les deux économistes est l’importance d’agir sur l’ensemble de l’économie française et non sur certains secteurs. C’est exactement ce que propose concrètement une note d’ecolinks sur la politique industrielle. Plus précisément, la note souligne l’intérêt que peut avoir l’investissement sur des services aux entreprises non délocalisables qui apporteraient donc à toutes les entreprises indépendamment de leur secteur et créerait de l’emploi.

Enfin, il est dit à quel point la France n’a pas de capital risque contrairement aux économies anglo saxonnes notamment. A nouveau, nous voyons bien qu’un réel problème se pose en France, les détenteurs de capital ne veulent pas prendre de risque, ce qui est un comble ! D’où un modèle pernicieux qui favorise les dividendes car ils faut en promettre beaucoup pour faire plaisir au capital, au détriment de l’innovation. Innovation qui donc incombe aux petites entreprises qui n’ont pas de capital risqueurs à disposition pour financer des activités très innovantes, donc bien plus risquées.

Je terminerais en soulignant que, évidemment, il faut aussi investir massivement dans l’enseignement supérieur (voir aussi la note à ce sujet sur le site d’ecolinks), comme cela est évoqué. Que le problème que pose actuellement l’Europe (et la zone euro a fortiori) est la persistance de déséquilibres des balances commerciales des gouvernements. Bref, beaucoup d’autres éléments sont évoqués dans ce très intéressant débat que je vous invite à regarder.

[Update: Pour être clair, les détenteurs de capital auront bon dos de dire que si le capital n’est pas assez productif, cela est dû au travail qui est trop cher. Ce que laissent entendre les éléments évoqués dans le débat est que ce sont surtout des choix frileux, voire mauvais, qui ont pour conséquence la faible productivité du capital.]

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s