En finir avec le levier-than de la finance

Vendredi dernier, j’ai assisté à un séminaire de Michel Aglietta sur le fonctionnement de la finance et ce qui aurait conduit à la situation désastreuse que l’on connaît. Entre autres éléments, il s’appuie sur des travaux de la banque des règlements internationaux (BRI) qui ont identifié des cycles de la finance. Ceux-ci s’avèrent bien plus longs que les cycles des affaires mais surtout d’une bien plus grande ampleur. 

Cela conduit Aglietta à expliquer que par deux fois, il y a eu contradiction entre les deux types de cycles. L’un étant dans un cycle baissier, l’autre dans un cycle haussier. Malheureusement, la plupart de ceux qui font la politique économique ne suivent que le cycle des affaires et ont donc cru bien faire en s’adaptant à la tendance du cycle qu’ils observaient, celui des affaires, aggravant de ce fait la situation du cycle de la finance, pourtant plus dévastateur car d’une amplitude bien plus grande.

Pour mettre tout cela en musique, il développe un modèle en équilibre général qui explique entre autres le comportement des banques en périodes d’euphorie, i.e quand le cycle financier est dans une phase haussière. De façon générale, les banques auraient tendance à largement sous estimer le risque réel en se focalisant sur les mauvais indicateurs (ils ignorent le risque accru de défaut des individus empruntant, pour faire simple).

Le point qui me fait écrire ce post est le suivant. Au nom d’une égalité comptable (ce qui est imparable car par définition forcément vérifiée), il explique qu’à mesure que les banques s’euphorisent, elles accroissent le levier. Pour faire simple, le levier est le ratio entre leur capital (les fonds dont elles disposent réellement) et leurs engagements. La conséquence de cet accroissement du levier et de son interaction avec l’égalité comptable est que les prêts interbancaires croissent massivement par rapport aux autres types de prêts. Certaines institutions bancaires (non commerciales) auraient atteint des niveaux de levier supérieurs à 50. Ainsi, pour un capital réel de 100, elles avaient des créances de 5000. Le souci est que ces créances sont pour la plupart risquées. Or, il suffit que ces 5000 entraîne une perte de 2% pour que l’intégralité du capital de la banque soit en jeu, d’où le souci (combiné avec la sous-estimation du risque réel, nous voyons où cela mène).

Un point essentiel à mon avis dans ce mécanisme est le suivant. Pour moi, les banques ont colludé. Ce terme est plus souvent utilisé lorsque l’on parle de régulation de la concurrence. Lorsque des entreprises s’entendent sur les prix plutôt que de jouer le jeu de la concurrence, on parle de collusion. Ici, l’idée est que toutes les banques étant avides de faire encore plus de placements, elles ont accepté des créances avec des risques induits absolument déraisonnables car implicitement (ou plus), elles savaient qu’en échange on leur accorderait (les autres banques), les mêmes faveurs. Tout le monde s’est donc octroyé des prêts alors même que les leviers des banques atteignaient déjà des sommets.

L’habitude en matière de concurrence est de sanctionner. En France, l’autorité de la concurrence joue ce rôle. Selon moi, un organisme international devrait jouer ce rôle dans la finance. Un tel comportement où l’on accepte de prendre des risques pour prendre soi-même des risques est clairement à l’origine de tout ce que nous connaissons. Il conviendrait de réfléchir à ce type d’organisme qui limiterait le levier maximal et qui sanctionnerait tout comportement déviant.

A noter que Paul Krugman a aujourd’hui publié un post plus ou moins sur le sujet. Un problème qu’il souligne est celui des paradis fiscaux qui, tant qu’ils existeront, permettront en toute opacité des leviers d’une ampleur folle. La fin de la libre circulation des capitaux?

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